Enfin le Haut-commissaire s’est lâché et s’est fâché au journal de RFO hier soir en répondant à la présentatrice du « 19-heures ».
Oh bien sûr tout est relatif, il est resté très maître de lui et n’a pas fait une seule faute de grammaire dans son discours. Ses mots étaient choisis, ses allusions bien calibrées, ses attaques préparées avec soin, ses méchancetés mesurées, ses colères convenables et son ton toujours de bon aloi. Mais pour une fois le mec y a été assez fort et c’est à ma connaissance la première fois.
Sa cible : la classe politico-syndicale de Polynésie, avec les récentes conneries que ces idiots ont osé proférer, disant que la France était responsable du bordel en Polynésie et qu’elle devait donc payer – je reviendrai dans un prochain billet sur ces inepties. Trois points forts, notamment, de l’intervention d’Adolphe Colrat me semblent devoir être soulignés :
- A propos de la mise sous tutelle du territoire, quand il a remarqué qu’on ne pouvait pas à la fois profiter de l’autonomie pour piller les finances du territoire et pleurer dans les jupes de la France pour qu’elle vienne faire le ménage.
- Après l’interview, surréaliste et pitoyable à la fois, du syndicaliste Galenon (seul moment où la caméra a surpris une lueur de rage dans les yeux du Haut-commissaire), lorsque qu’il a noté que le fric déversé en Polynésie par la France était celui des contribuables métropolitains et d’outre-mer (sous-entendu : vous les Polynésiens vous ne payez aucun impôt, alors que vous en profitez largement).
- Lorsqu’il a expliqué que les partis locaux, au lieu de raconter des bêtises et de s’acoquiner pour voler (ça, il l’a dit beaucoup mieux que moi, en des termes très châtiés, mais dont le sens était clair), feraient mieux de construire un programme en vue des prochaines élections. C’était, en direct, une vraie leçon de démocratie assénée avec force et précision à des gosses ignares pris la main dans le sac. Bravo l’artiste !
A la fin, une impression était évidente : quelle différence de niveau entre ce haut-fonctionnaire français et les bouffons habituels qu’on voit à la télé ! Un doute aussi malheureusement : les bouffons en question, auront-ils compris ?
Evidemment, pour oser parler clair ainsi, il avait dû recevoir des ordres de l’Elysée. Voir les propos de Sarko sur les politiciens polynésiens lors de ses vœux à l’outre-mer : « Je pense à la Polynésie française qui, malgré plusieurs réformes, n’a pas su trouver la stabilité politique à laquelle elle aspire. Je suis persuadé que les Polynésiens sont consternés par ces renversements d’alliances systématiques. A l’heure où chacun devrait mobiliser toute son énergie pour faire face à la crise, cette instabilité chronique est intolérable pour les Polynésiens qui souffrent.[…] La Polynésie a le droit au sérieux de ses élus, et non pas à une vaste comédie où les ennemis d’hier deviennent les alliés d’aujourd’hui. »
Mais ordres d’en haut ou pas, on aimerait beaucoup que M. Colrat se lâche un peu plus souvent.
